Justice “Facebookienne”

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Par Aryan Bayani, étudiant en droit.

 

 

Jian Ghomeshi, Guy Turcotte, Nathalie Normandeau, Lu Chan Khuong et Claude Jutras ont tous une chose en commun: ils sont reconnus coupables avant même de se présenter à leur procès. Même si Ghomeshi, l’ex-animateur de CBC, a été acquitté de ses accusations, il reste tout de même coupable aux yeux de plusieurs dans notre société, de plus en plus active sur les réseaux sociaux. Une petite navigation sur Facebook ou Twitter suffit pour nous convaincre de la culpabilité d’une vedette accusée d’un crime. Après tout, comment peut-on défendre ou respecter la présomption d’innocence dans les cas présentés ?

Le juge du procès Ghomeshi nous a rappelé que la présomption d’innocence est « le principe le plus fondamental de notre système de justice pénale. » En d’autres mots, un accusé ne peut pas être considéré coupable avant la preuve hors de tout doute raisonnable qu’il a commis l’acte interdit. Ce mécanise de preuve, qui a pour objet de ne pas laisser des doutes concernant la culpabilité d’un accusé, est l’assureur de l’intégrité et de justesse de notre système de justice. On peut tous affirmer que le système de justice reflète la société.Nos lois et nos codes nous représentent et ils sont parfois une source d’identité et de fierté nationale. Nous nous considérons tous contre les injustices, et pour un système de justice qui respecte les droits et libertés en utilisant des outils juridiques solides, justes et impartiaux. Les outils qui ont d’ailleurs été développés et perfectionnés à travers des années.

En tant que citoyen, je trouve qu’aujourd’hui, dans ce monde d’Internet et de télécommunication, on est en train d’agir contre nos propres valeurs avec la façon dont nous préjugeons et condamnons les accusés. On dirait qu’on n’apprécie pas le travail du système de justice, quand son jugement n’est pas à notre goût, même quand il respecte ses obligations de garantir des procès menés avec de la prudence et de la robustesse digne d’un système juridique mature et avancé. Peu de temps après l’annonce de l’acquittement de Ghomeshi, plusieurs personnes ont organisé une manifestation contre celui-ci.

On peut avoir des doutes à savoir si tous ces manifestants ont lu objectivement le jugement (rendu public) du juge du procès, afin de se faire une idée par eux-mêmes avant d’arriver à leurs conclusions. Il est certain que la pluralité des opinions enrichit la société et il est tout à fait acceptable que les gens ne soient pas d’accord avec un jugement particulier. Toutefois, il faut se méfier des influences que les opinions circulées dans des réseaux sociaux ont sur nos convictions personnelles ainsi que sur l’opinion publique. Prenons par exemple le cas fictif d’une nouvelle dans laquelle un homme est accusé par la police d’avoir tué ses enfants. La majorité des internautes ne se manifesteront certainement pas pour dire qu’on ne sait pas s’il est véritablement coupable. En réalité, très peu de personnes, voire même, personne n’oserait dire qu’il ne faut pas sauter à une conclusion, et qu’il faut plutôt voir l’ensemble des faits avant de décider. Ou même de dire qu’il faut attendre le procès, et entre-temps, respecter sa présomption d’innocence. Après tout, nul ne veut être considéré comme le défendeur d’un meurtrier sans âme. On peut s’attendre à ce que la majorité de ce qui sera activement partagé sur l’internet sera l’atrocité de ses actes et à quel point il est un monstre et une peste pour la société.

Maintenant, une fois rendu à la phase de la sélection d’un jury pour le procès, comment est-ce qu’on peut s’assurer que les membres du jury ne croient pas déjà l’accusé étant coupable avant même les audiences et les plaidoiries ? Ceci est à vrai dire inquiétant pour la justice et son intégrité. N’oublions pas qu’une grande portion de la population reçoit les nouvelles ou les publications des réseaux sociaux sur leurs appareils électroniques continuellement le jour comme la nuit. On pourrait s’attendre à ce que les membres choisis aient déjà lu les nouvelles et les opinions sur l’accusé.

Est-ce qu’on veut une société dans laquelle le fait d’être accusé d’un crime équivaut automatiquement à être reconnu coupable ? Veut-on qu’une personne innocente reçoive un jugement de culpabilité juste parce qu’il y a beaucoup de gens qui croient à sa culpabilité sans même connaître les faits ? Certainement non, mais avec le sensationnisme actuel d’invasion des opinions, est-ce qu’on pourrait véritablement dire que ceci n’arriva jamais? Si une vedette est accusée, on est confortable de la condamner dans notre cour « Facebookienne », mais lorsque c’est nous même l’accusé, est-ce qu’on aurait la même réaction ?

Aujourd’hui, à cause de nos jugements injustes et ses effets sur le système juridique, Iustitia pleure sous le bandeau sur ses yeux car, clairement, on oublie ses enseignements.

 

Avis: Les articles publiés sur Jurizone.com ne représentent que l’opinion de leurs auteurs respectifs.

Une réponse à Justice “Facebookienne”

  1. Ce là veut dire que il ne faut pas croire en notre système juridique car c’est l’opinion publique qui décide. Même si c’était vrai, l’origine de droit est “vox populi”

    Daryoush valaï
    April 23, 2016 at 10:20 pm
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