entrevue

La Charia au Canada: entrevue avec le sayed Nabil Abbas

2005-03-01

Arrivée à Montréal en 1991 pour répondre aux besoins d'une communauté de plus en plus grandissante, le sayed Nabil Abbas est le représentant canadien du Tribunal islamique shiite suprême. C'est avec plaisir qu'il a accepté de répondre à nos questions.

En quelques phrases, qu'est ce que la Charia?

La Charia est un ensemble de lois ou un code de conduite, si l'on peut la nommer ainsi, qui régi la vie du musulman selon les principes du Saint Coran. La Charia crée un lien entre le Créateur et l'être humain et organise les relations entre les humains. Le mot veut dire «voie». Trois composantes forment cette voie: les croyances, le droit et la spiritualité. Appliquer le droit musulman ne veut pas dire tenir compte de ses règles uniquement. Il faut veiller à analyser l'état de la société et analyser les situations et les circonstances d'application. Bref, si l'on peut l'exprimer en d'autres mots, la Charia, au-delà de ses règles, est aussi agir pour le bien de la société et de son développement. Lorsque l'on travaille pour le bien de tous les êtres humains, c'est appliquer la charia. Malheureusement, certains l'interprètent mal pour la simple raison qu'ils sont guidés par leurs propres intérêts.

En parlant de loi islamique, est-ce que cela veut dire que le Coran (livre sacré de l'Islam) contient des éléments tels que dans le Code civil du Québec? Que contient le Coran exactement?

Le Saint Coran est un livre sacré pour les musulmans. De façon générale, il s'agit d'un guide pour les musulmans dans leur vie de tous les jours. Nous pouvons le voir en trois parties: Les versets qui discutent du Jour du Jugement, ceux qui discutent de l'histoire et des peuples antécédents et ceux qui discutent de la science et de la justice.

La dernière partie, au niveau de la justice, empêche la discorde et la confusion des êtres humains entre eux sur différents thèmes: civil, économique, politique, etc. et aide à résoudre tous les problèmes de façon juste et équitable. Par exemple, il y a une partie des jugements que le Coran rapporte qui s'oriente vers une direction organisant les aspects sociaux et humains tel que le fait le Code civil au Québec. À l'intérieur des aspects humains, il y a des règles qui régissent le mariage et la famille en rappelant aux êtres humains les obligations du mari à l'égard de son épouse et vice-versa. De plus, on retrouve des lois concernant le divorce et les différentes formes de solutions.

Récemment, dans son rapport de recommandations, la juriste Marion Boyd, était en faveur de l'instauration de tribunaux islamiques en Ontario pour régler des litiges civils tels que familiaux. Que pensez-vous de pareilles recommandations et que pensez-vous de l'instauration de ces tribunaux islamiques dans un État laïque comme le Canada?

Tout d'abord, il faut préciser les formes de laïcité. Alors que certains définissent ce mot par le rejet de toute religion, le Canada se trouve dans une toute autre situation. On peut dire que la forme existante ici est ce qui fait la force de la nation canadienne. L'acceptation des différentes cultures mélangée aux racines historiques font de notre pays (NDLR le Canada) un exemple de marque sur le plan international. Étant moi-même arrivé ici il y a plus de quatorze ans, je considère qu'il faut être reconnaissant envers un État aussi accueillant et chaleureux. Je suis toujours fier de m'affirmer Canadien tout en étant fier de mes origines également. Il faut respecter la législation bien évidemment et agir avec son prochain en toute fraternité peu importe la couleur de sa peau, sa race, son sexe, sa religion ou son origine. Mais parfois, on considère que certaines lois voyant le jour plus récemment, viennent à l'encontre de certains principes religieux.

«Il faut préciser qu'il s'agit tout simplement de créer une instance d'arbitrage et de médiation qui rendrait ses décisions en vertu de la Charia (loi islamique).»

Pour ce qui est de l'instauration des tribunaux islamiques, je considère que les provinces devraient être un support à ce projet et aider les musulmans et musulmanes à encadrer cette initiative. Cependant, on voit que les médias ont tendance à donner beaucoup d'ampleur à un tel sujet en parlant de tribunaux islamiques. Il faut préciser qu'il s'agit tout simplement de créer une instance d'arbitrage et de médiation qui rendrait ses décisions en vertu de la Charia (loi islamique). Au Québec, l'arbitrage religieux est permis en matière commerciale, mais il ne l'est pas pour des conflits d'ordre familial. Dans ce dernier cas, seule la médiation est permise actuellement. Bien sûr, la Cour supérieure aura quand même son mot à dire en conclusion. Bref, nous le voyons plus comme une instance complémentaire aux tribunaux québécois qu'un tribunal indépendant. Ceci n'a pour but que de simplifier la tâche et de mieux protéger les droits des différentes parties.

Plusieurs organisations des droits de la femme sont distantes par rapport à de telles recommandations craignant que la femme ne soit pas respectée dans ses droits. Pourriez-vous nous parler un peu de la situation de la femme en Islam?

Tout d'abord, il faut se rappeler que la femme à des droits que l'homme ne peut avoir. Malheureusement, plusieurs cherchent à découvrir l'Islam à travers la télévision. Et alors, ce que l'on voit dans la plupart des cas, ce sont des régimes extrémistes qui interprètent la religion à leur manière et selon leurs propres intérêts. Ils se servent de la religion comme masque pour tenter de rallier certaines personnes ignorantes à leur idéologie en faisant croire que c'est la religion qui exige ceci ou cela. Par exemple, on prend les Talibans et on nous demande: «C'est ça votre Islam? » Malheureusement, souvent la population ne prend pas la peine d'aller voir la vérité au-delà des mots et alors, certains en profitent. De plus, certaines personnes ont souvent tendance à associer certaines pratiques à l'Islam alors qu'elles sont plutôt issues de cultures propres à certains pays.

Quelle est la vision de l'Islam par rapport aux relations entre époux?

Le verset coranique 187 de la sourate 2 dit: «Elles sont pour vous un vêtement et vous l'êtes pour elles». De cette manière, Dieu a voulu démontrer le lien total et solide entre les deux époux. On parle alors du devoir de protection de l'un envers l'autre et du partage des sentiments. Ce qui fait que les deux ne forment alors qu'un seul être.

En cas de problèmes entre les époux, suivant la Charia, on demande des explications aux deux parties sans porter aucun jugement. Les deux parties sont donc traitées de façon égale et impartiale dès la base de la procédure initiale. On étudie la cause du conflit en écoutant les arguments autant de la femme que de son mari. Bref, c'est avant tout l'écoute qui domine.

juriste
 


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