Entrevue avec Me Jérémie John Martin, avocat en droit civil et en droit familial

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Pratiquer en tant qu’avocat en droit familial et en droit civil exige de la patience et du sans-froid. Bien qu’il ne faut pas y perdre son coeur, les émotions ne doivent jamais affecter le travail d’un avocat. Ainsi, il doit demeurer rationnel et endurer les humeurs à travers des périodes où les souffrances, la colère et la haine des parties peuvent facilement s’ingérer. De plus, c’est avec passion, dévouement, conviction et à travers de longues heures de travail que l’avocat peut percer le marché. C’est là l’avis de Me Jeremie John Martin, un avocat au franc-parler ayant déjà remporté la Bourse du meilleur plaideur lors de ses études et qui s’est lancé à son compte comme avocat en établissant son bureau en plein centre-ville de Montréal ! C’est avec passion qu’il a partagé avec Jurizone sa vision du droit, de la politique, de son  développement des affaires et de l’Internet.

Jurizone : Maître Martin, vous êtes avocat pratiquant essentiellement en droit familial, en droit civil et en droit du travail. Pourquoi vous avez choisi de pratiquer dans ces branches du droit ?

Me Jérémie John Martin : Très tôt, j’ai pris la décision de ne pas pratiquer en droit criminel ou en droit de l’immigration, deux domaines du droit où il y a beaucoup de dossiers potentiels, mais qui demandent, selon moi, une spécialisation plus pointue puisque ces domaines sont souvent en constante évolution.

En pratique en droit familial et civil, cela ouvre la porte à une grande variété de dossiers potentiels et une bonne connaissance de la procédure civile peut aider l’avocat à bien gérer plusieurs dossiers.

Quant au droit du travail, qui représente environ 25% de ma pratique, c’est un droit qui bien qu’assez rigide, peut donner lieu à de la négociation active, ce qui me plaît.

Jurizone : Croyez-vous qu’il faut avoir les branches choisies à la base comme passion ?

Me Jérémie John Martin : Non, mais je pense qu’il faut choisir une branche de droit où on est à l’aise et où on peut garder son sang-froid.

50% de ma pratique est en droit familial et je fais beaucoup de divorces et de dossiers de garde d’enfants.

Personnellement, les émotions ne m’affectent pas dans ces dossiers et je suis capable de rester calme et rationnel, ce qui me permet d’endurer les aléas d’un dossier et les humeurs des clients liés à des dossiers où il y a beaucoup de souffrances de parts et d’autres.

Jurizone : À travers vos expériences vécues dans le cadre de vos dossiers, y a-t-il des particularités qui vous semblent frustrantes ou à faire évoluer dans vos champs de pratique ?

Me Jérémie John Martin : Je pense qu’on est allé trop loin en matière de pensions alimentaires dans le cadre précis du fait que les Tribunaux peuvent fixer une pension alimentaire basé sur un revenu qu’un débiteur pourrait gagner, même si il y a par exemple admission des parties que son revenu véritable est par exemple de 30 000$ par année et le Tribunal vient dire que la personne peut gagner 90 000$ par année et démarre immédiatement une pension alimentaire basée sur un tel revenu. Cela donne lieu à des situations où la vie des personnes sont détruites par un cercle vicieux d’arrérages qu’il est ensuite impossible d’annuler et la société ne sort pas gagnant de cela et ni les enfants.

Jurizone : Selon vous, quelles sont les caractéristiques principales d’un avocat excellant dans son domaine ou sa branche qu’il choisit ?

Me Jérémie John Martin : La passion, le dévouement, la conviction et les longues heures de travail.

Jurizone : Vous semblez également aimer la plaidoirie. D’ailleurs, vous avez remporté en 2006 le championnat national des débats inter-universitaires Face à Face, à Sherbrooke, avec un collègue, méritant également la Bourse du meilleur plaideur. Parlez-nous un peu de cette expérience.

Me Jérémie John Martin : Ce fut un tournoi formidable que j’ai gagné avec mon collègue et bon ami Yves Tanguay, qui complète en ce moment un doctorat en droit à l’université Laval.

En final, j’ai défendu une position auquel je ne croyais pas personnellement et j’ai quand même réussi à « vaincre » mes adversaires, ce fut une expérience excellente pour ma confiance personnelle.

Jurizone : Quelles sont les qualités d’un bon plaideur ?

Me Jérémie John Martin : La conviction et faire intervenir les émotions.

Évidemment, le contenu est très important, mais le ton de la voix, la posture, la gestuelle, la conviction aussi.

Il ne faut pas épouser ses dossiers, mais il faut tout donner pour le client et c’est ce que je fais en procès comme avocat.

De temps en temps, il faut également se fâcher et s’indigner et ne pas avoir peur d’utiliser un langage simple clair, à la limite du familier, pour se faire comprendre, le tout avec respect pour ses collègues, le ou la juge ainsi que le personnel judiciaire.

Jurizone : Vous avez également un penchant pour la politique. Pourquoi ?

Me Jérémie John Martin : Je pense que j’ai une passion pour la politique qui surpasse ma passion pour le droit.

Je pense que la politique est un moteur incroyable de changement et je suis peut-être un des rares qui n’est pas du tout atteint par ce cynisme que les chroniqueurs politiques aiment décrire.

Je crois fortement en notre démocratie, dans nos droits et libertés civils et je n’oublie jamais les sacrifices des générations passées pour vaincre la tyrannie et nous permettre de vivre aujourd’hui librement.

Jurizone : Croyez-vous que les bons plaideurs font de bons politiciens ?

Me Jérémie John Martin : Absolument et je trouve avec grand respect et sans prétendre que je ferais nécessairement mieux, que les politiciens actuels sont de piètres orateurs en partant par nos deux premiers ministres au fédéral et au provincial.

Jurizone : Dans le cadre de votre pratique, quelle approche adoptez-vous avec vos clients ?

Me Jérémie John Martin : Je leur donne l’heure juste et je leur promets ma plus grande dévotion et ma plus grande loyauté.

J’ai une mentalité « no men left behind » et je ne vais jamais laisser tomber mes clients.

En retour, bien que je tolère la dissension, le désaccord, la colère, je ne tolère pas une insubordination totale d’un client et je n’hésite pas quelques fois par années à cesser de représenter un client qui n’accorde pas un minimum de respect à la relation avocat client, qui implique nécessaire un minimum de respect pour l’autorité de l’avocat, qui doit avoir tout de même un certain leadership dans le dossier.

Jurizone : À quel point trouvez-vous important que les avocats expliquent bien à leurs clients les chances de succès de leur dossier ?

Me Jérémie John Martin : C’est extrêmement important et cela devrait être fait par écrit au début du dossier, au milieu et au moment de fixer la date du procès si aucune entente n’est possible.

Jurizone : Dans le cadre de votre pratique, vous avez différentes formes de facturation (taux horaire, forfait, tarif mensuel, pourcentage). Pouvez-vous expliquer davantage ces options ?

Me Jérémie John Martin : Comme la plupart des avocats, j’aime bien le taux horaire, inutile de nier cela.

Cependant, je fais beaucoup de prix fixes et des dossiers à pourcentage ou encore des prix mensuels.

En tant qu’avocat indépendant, je suis ouvert aux propositions des clients et je vais toujours travailler avec les clients qui montrent une volonté de faire leur part; j’ai des dossiers actifs à 70$ de l’heure et d’autres à 180$ de l’heure tout dépend du contexte et des besoins du client.

Cela dit, peu importe le mode de facturation, les services juridiques restent chers et même si je pense être en bas du prix du marché, l’accessibilité à la justice est une question importante dont il faut continuer à parler.

Jurizone : Dans le cadre de votre pratique, vous avez choisi un emplacement au centre-ville pour vos bureaux. À quel point l’emplacement est-il important pour les avocats et leurs clients? Pourquoi ?

Me Jérémie John Martin :

J’aime être au centre du Québec pratiquement et c’est un lieu hautement motivant pour travailler et brasser des affaires su sens large comme entrepreneur.

En revanche, il y a un prix important à payer au niveau du loyer.

Personnellement, je me verrais travailler en banlieue ou ailleurs, mais je me suis retrouvé ici et je ne compte pas bouger du centre-ville à court terme.

Je pense que quand les clients voient la vue et le luxe de l’immeuble cela peut donner une image positive, mais si ensuite le dossier est bâclé cela ne rendra pas le client heureux donc il importe beaucoup plus de travailler fort pour le client que d’avoir un emplacement de choix au niveau du bureau.

Jurizone : Finalement, vous semblez être très impliqué au niveau de l’Internet. Que pensez-vous du rôle des technologies de l’information dans l’avenir de la profession d’avocat ?

Me Jérémie John Martin : J’ai été le premier avocat à faire de la publicité sur certains sites internet où on voit maintenant que mes collègues copient souvent littéralement mes annonces et c’est correct c’est ça le libre marché.

Je n’aurais jamais pu réussir à me lancer aussi rapidement comme avocat en affaires il y a 15 ans, puisque Internet permet de diluer la nécessité des références de bouches à oreilles et percer le marché directement.

Le nombre important de dossiers que j’ai eu dans les premières années n’est donc pas vraiment attribuable à un talent particulier de ma part autant qu’à un bon marketing alors que le marché des avocats n’était pas encore sensible à la publicité sur internet.

 

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